Petits ou de taille moyenne, les limicoles fréquentent différentes sortes de zones humides. Leur tête étroite, leurs petits yeux et le long cou mince sont adaptés à leurs comportements alimentaires consistant à sonder la vase et à détecter les proies au toucher. Leur bec est mince et peut être parfois très long, bien que plusieurs espèces présentent des becs courts. Les limicoles marchent d'un pas ferme et en se tenant droit, certains courent souvent, plus particulièrement les espèces à pattes courtes. Les ailes longues, étroites et pointues permettent un vol rapide et direct. Lorsqu'ils sont en groupes, ils tournent tous en même temps, rapidement et avec précision.

La majorité des Scolopacidés est grégaire en dehors de la saison de reproduction, tandis que les autres espèces forment des petits groupes. Ils nidifient habituellement dans la végétation basse, mais parfois, certains d'entre eux peuvent aussi utiliser des nids abandonnés par d'autres oiseaux dans les arbres. Les deux sexes sont en général semblables, à quelques exceptions près.

Les SCOLOPACIDES
Barges, bartramies, bécasses, bécasseaux, bécassins, bécassines, chevaliers, courlis, combattants, phalaropes, tournepierres

Les bécasses, bécassines, barges et courlis ont de longs becs, ce dernier l'a recourbé vers le bas alors que certaines barges l'ont plutôt légèrement relevé. Ces oiseaux présentent en général des parties supérieures brunes, avec des rayures sombres ou chamoisées chez les bécasses et les bécassines, des combinaisons de gris, brun et chamois chez les barges donnant souvent un effet écaillé, et des plumes aux liserés clairs sur les parties supérieures chez les courlis. Les parties inférieures sont plus claires, avec des stries ou des barres sombres sur la poitrine, l'abdomen blanchâtre, ainsi que les couvertures sous-caudales, excepté chez les bécassins qui ont la poitrine et le haut de l'abdomen plus roux que les autres espèces. Les bécassines ont des pattes plutôt courtes alors que les barges et les courlis les ont longues. Les bécasses ont une allure plus horizontale et des pattes encore plus courtes que les bécassines. Leur bec est long et fort à la base, droit et de forme conique. Ces espèces se nourrissent en sondant la vase, davantage au toucher qu'à vue. Le long bec possède des récepteurs tactiles à son extrémité. Ils utilisent aussi la méthode qui consiste à déranger les proies en agitant une patte dans l'eau ou la vase, et peuvent parfois picorer sur le sol. Mais ces oiseaux se nourrissent principalement dans des eaux peu profondes et dans la vase plus que sur la terre ferme. Chaque espèce pêche dans des eaux de différentes profondeurs selon la longueur des pattes. Plusieurs d'entre elles sont capables de nager si cela s'avère nécessaire.

Le groupe des bécasseaux contient toutes les autres espèces, excepté les phalaropes, les bécasses et les races apparentées. Ce sont des oiseaux petits ou grands avec des pattes moyennes à très longues et des becs pouvant être courts ou très longs et de formes différentes. Ils présentent des parties supérieures brun et/ou gris foncé et des parties inférieures plus claires. Pendant la saison de reproduction, certains d'entre eux ont des couleurs plus vives, souvent des roux vifs. Ils se nourrissent en sondant rapidement la vase, et aussi en picorant et en glanant. On peut souvent les voir dans les vasières et dans l'eau peu profonde, ou picorant dans la végétation à la limite de l'eau.

Le dernier groupe comprend les phalaropes aux habitudes pélagiques, les combattants et quelques bécasseaux. Les phalaropes sont des oiseaux élégants au corps petit et rond, d'une coloration semblable aux bécasseaux. Leur bec étroit est de taille moyenne, les pattes sont plutôt courtes avec des doigts lobés et une petite palmure entre eux. Mâle et femelle présentent un dimorphisme sexuel, mais ici, c'est la femelle qui arbore un plumage plus coloré que celui du mâle en période de reproduction. Les combattants sont des oiseaux plus grands, mâles et femelles étant aussi différents en taille et en plumage. En période nuptiale, les mâles ont un superbe plumage avec une collerette (qui leur donne leur nom anglais).

par Nicole Bouglouan

Les limicoles possèdent des becs et des pattes adaptés à leur façon de se nourrir. On trouve quatre comportements alimentaires différents dans cette famille.Les oiseaux vivant dans les zones sèches à l'intérieur des terres ou à la limite des eaux picorent et occasionnellement sondent. Ceci est la façon de faire des genres Bartramia, Actitis, certains Tringa, Arenaria et quelques autres espèces. Les bécasses, bécassines et la majorité des bécasseaux sondent les sols tendres et les zones des marées avec leur long bec. La troisième façon consiste à courir en poursuivant la proie avec le bec sous l'eau, comme le font les espèces du genre Tringa. Et enfin, les phalaropes et quelques oiseaux du genre Calidris picorent rapidement de petites proies dans les flaques d'eau.

La proie est capturée avec l'extrémité du bec et transportée jusqu'à la bouche avec la langue, ou avec une petite quantité d'eau qui est rejetée quand la nourriture arrive à la bouche.D'autres, comme les tournepierres, sont capables de sonder sous les pierres en les bougeant à l'aide de leur bec robuste.

Les Scolopacidés se nourrissent principalement de proies aquatiques, crustacés, petits poissons, vers, mollusques (bivalves) et petits invertébrés. Ils peuvent aussi se nourrir sur le sol où ils capturent des insectes, adultes et larves, et des vers de terre. Quand le sol est gelé ou couvert de neige, il leur arrive de consommer des matières végétales comme des graines, des jeunes pousses, des bourgeons et quelques baies.

Les limicoles se déplacent selon les ressources de nourriture et les conditions climatiques. La plupart d'entre eux se reproduisent à des latitudes moyennes ou hautes dans l'Hémisphère Nord, et pratiquent des déplacements importants vers le sud en automne. Ce sont en général des migrateurs longue-distance qui voyagent soit en pratiquant quelques très longs vols, ou au contraire en faisant des séries de vols beaucoup plus courts. Ils ont très peu de temps pour se reproduire pendant le court été nordique avant de commencer leur migration vers le sud. De nombreux oiseaux succombent au cours de ces longs voyages. Ces migrateurs longue-distance ont des ailes longues et pointues, excepté pour les bécasses, les bécassines et les bécasseaux du genre Actitis qui ont des ailes plutôt arrondies. Les bécasses n'ont pas la vitesse des autres limicoles et sont plus adaptées au vol au milieu des arbres.

Le Chevalier guignette (Actitis hypoleucos) et le Chevalier grivelé (Actitis macularia) possèdent des ailes arrondies et pratiquent un vol bourdonnant avec des battements peu profonds et spasmodiques qui leur donnent peu de vitesse. Les Scolopacidés ont des muscles pectoraux larges et lourds compensés en partie par la légèreté des os. L'ensemble leur permet de parcourir de longues distances en vol.

Ils vivent dans des habitats variés, mais ils ont d'abord besoin de sols humides rendant plus facile leur façon de se nourrir en sondant avec leur long bec.Ces habitats comprennent prairies, arbustes, taïga, toundra, vasières et salines, leur procurant des endroits sûrs pour dormir et se reposer, et de l'eau pour se baigner et entretenir leur plumage. Certains d'entre eux, comme le Bécasseau des Aléoutiennes ( Calidris ptilocnemis), le Bécasseau violet (Calidris maritima) et le Bécasseau du ressac (Aphriza virgata), préfèrent des sols plus durs et vivent sur les rives rocheuses où ils trouvent d'importantes sources de nourriture. Peu d'espèces se reproduisent dans les zones tempérées. Ce sont les bécasses, quelques bécassines et le Chevalier des Tuamotu ( Aechmorhynchus parvirostris). Les espèces tropicales sont résidentes dans leurs habitats restreints.

Les autres membres de cette famille se reproduisent plus au nord que l'ensemble des oiseaux. On les trouve dans les régions boréales, subarctiques et arctiques. Ces espèces migrent vers le sud à l'automne.

La majorité d'entre eux se reproduisent à l'intérieur des terres et surtout dans les zones d'eaux douces. Seulement trois espèces, le Chevalier gambette (Tringa totanus), le Chevalier semipalmé ( Tringa semipalmata) et le Chevalier tacheté (Tringa guttifer) se reproduisent dans les marais salants côtiers. Les zones d'hivernage comprennent souvent les zones humides tropicales, les deltas, les plaines inondables dépendant des pluies, les rizières, les rives des lacs et les lagunes côtières.

Les Scolopacidés se nourrissent très souvent en bandes en dehors de la saison de reproduction. Ces groupes peuvent contenir des dizaines, centaines ou milliers d'oiseaux selon l'espèce et la saison. Vivre en groupes leur procure un moyen de défense contre les prédateurs, mais aussi une information sur les meilleures sources de nourriture et une meilleure façon de capturer des proies rapides. Les limicoles volent souvent en bandes, se déplaçant ensemble à grande vitesse avec une excellente coordination, nous offrant ainsi un merveilleux spectacle quand la « vague » ondule dans les airs avec une superbe précision.

Les limicoles peuvent avoir un chant mélodieux, en particulier pendant le vol nuptial. La Bartramie des champs ( Bartramia longicauda) en est un bon exemple quand elle vole en lançant son chant flûté. Le Bécasseau maubèche (Calidris canutus) émet aussi un chant sonore alors qu'il survole la toundra. Mais en général, les limicoles émettent des cris forts, des gloussements, des hurlements et des tyroliennes et sont bien souvent très bruyants. Cependant, entre les deux partenaires ou entre les parents et les jeunes, le répertoire est plus doux en dehors des cris d'alarme lancés lorsqu'un prédateur se fait menaçant. Les disputes au sol sont accompagnées de cris rauques effrayants et de notes dures.

En revanche, les bécasses et les bécassines produisent plusieurs bruits non vocaux, surtout pendant le vol. Ces sons sont provoqués par les vibrations des rectrices pendant les descentes rapides. Quelques espèces comme la Bécassine géante ( Gallinago undulata) accompagnent ces bruits de quelques vocalises.La Bécassine à queue pointue (Gallinago stenura) produit une combinaison de sifflements et de ronronnements quand elle survole son territoire. Habituellement, les limicoles émettent des bavardages intenses avant d'effectuer une longue migration. C'est un mélange des chants émis au cours des vols de parade, et de cris de contact. Le bruit s'estompe après la formation du vol, mais plusieurs espèces lancent continuellement des cris de contact pendant toute la durée de la migration.

Les comportements nuptiaux des limicoles incluent la monogamie et la polyandrie selon l'espèce. La majorité est monogame, mais il existe une grande flexibilité du système et parfois, les femelles peuvent s'accoupler avec différents males. C'est le cas du Bécasseau sanderling (Calidris alba). Chez les phalaropes, les rôles sont inversés. La femelle a le plumage plus coloré que le mâle, défend le territoire et parade. Elle est polyandre, comme le Chevalier grivelé (Actitis macularia) et quelques autres. Les mâles Combattants variés ( Philomachus pugnax) paradent dans des arènes avec leur plumage nuptial étonnant et leur superbe collerette. Ils effectuent différents mouvements et postures, sautant, marchant, levant les ailes et voltigeant tous ensemble. Les femelles leur rendent visite au lek et après l'accouplement, elles incubent et élèvent les poussins seules. D'autres espèces comme la Bécassine géante et le Bécasseau roussâtre (Tryngites subruficollis) paradent aussi dans des arènes. Ce dernier expose le dessous blanc de ses ailes devant la femelle qui arrive au lek. Il voltige, étire et retourne ses ailes ouvertes.

Les vols nuptiaux varient du « vol de papillon » au-dessus de la femelle comme le fait le Bécasseau de Baird (Calidris bairdii), à la poursuite sauvage effectuée par le Bécasseau cocorli (Calidris ferruginea), avec une seule femelle poursuivie par plusieurs mâles. L'accouplement a lieu sur le sol, et les limicoles peuvent s'accoupler plusieurs fois par jour pendant plusieurs jours chez certaines espèces, ou seulement une ou deux fois chez d'autres.

Les limicoles nidifient habituellement dans des dépressions peu profondes creusées ou grattées dans le sol. Le fond peut être tapissé de matériaux doux ou non. Peu d'espèces nidifient et construisent un nid dans un buisson épais ou un arbre. Le site du nid est variable selon les espèces. Ils se reproduisent sur les sols humides et marécageux, sur les hauteurs sèches et la toundra nue et rocailleuse, les glissements de pierres, les amas de graviers dans les lits des rivières de montagne au-dessus de la ligne des arbres, parmi la végétation près de l'eau douce, dans la forêt sur un sol doux à la base d'un arbre ou d'un buisson, et quelques bécasseaux peuvent parfois utiliser de vieux nids de Turdidés dans les arbres. Les œufs piriformes sont de couleur cryptique et bien camouflés sur le sol. Les femelles déposent en général quatre œufs par couvée. L'incubation commence quand la couvée est complete. Dans les systèmes monogames, les deux parents partagent le temps passé au nid et dont la durée varie avec chaque espèce.En revanche, celui qui incube seul quitte le nid pour se nourrir, habituellement en milieu de journée, aux heures les plus chaudes.

Les poussins naissent en une journée et les coquilles sont emportées au loin par les adultes. Ils sont nidifuges et peuvent marcher et picorer de la nourriture à peine quelques heures après la naissance. Ils reviennent régulièrement au nid après une période passée à se nourrir dans le froid, et la femelle les couve souvent pendant les premiers jours. Lorsque les jeunes sont assez matures, les différentes couvées se rassemblent en crèches. Dès qu'ils peuvent voler, ils sont abandonnés par ceux qui s'occupaient d'eux. Les adultes commencent la migration tandis que les jeunes doivent atteindre un poids suffisant pour faire le même voyage. Moins de la moitié des jeunes passe le cap de la première année.

Plusieurs limicoles restent sur le nid même si un intrus approche, attendant la dernière seconde pour sauter à la face du visiteur. Quelques espèces dérangées par des prédateurs effectuent des parades de distraction, sautant hors du nid et s'éloignant en zigzaguant avec le plumage ébouriffé et en criant. D'autres feignent une blessure et montrent une aile « cassée ». Les plus grands oiseaux poursuivent et harcèlent les prédateurs dans les airs.

Les limicoles sont menacés par les changements dans leur habitat, le drainage des zones humides, les dérangements sur les aires de reproduction, la collecte des œufs et des adultes pour la consommation, la pollution des plages, des océans et des eaux intérieures, la chasse intensive sur les aires d'hivernage, le climat difficile pour les jeunes, la prédation par les labbes, les corneilles, les rapaces et les humains. De nombreuses menaces pèsent sur eux. Des déclins affectent plusieurs espèces, d'autres populations augmentent avec la création de zones protégées et la conservation des zones humides.

Nous espérons seulement les voir encore chaque année traverser le ciel pendant leurs longues migrations, et profiter de leur beauté et de leur élégance quand par chance, nous pouvons les observer.

Sources   :

HANDBOOK OF THE BIRDS OF THE WORLD Volume 3 by Josep del Hoyo-Andrew Elliott-Jordi Sargatal - Lynx Edicions - ISBN : 8487334202

THE HANDBOOK OF BIRD IDENTIFICATION FOR EUROPE AND THE WESTERN PALEARCTIC by Mark Beaman, Steve Madge - C.Helm - ISBN: 0713639601

GUIDE DES LIMICOLES de D. Taylor - Delachaux et Niestlé - ISBN : 2603014080

L'ENCYCLOPEDIE MONDIALE DES OISEAUX - Dr Christopher M. Perrins - BORDAS - ISBN: 2040185607

SHOREBIRDS by Peter Hayman, John Marchant and Tony Prater – Christopher Helm – 1986 – ISBN: 0747014035